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Les Chroniques du Botaniste

L’Amandier aux amandes pralines

Chapitre

L’Arbre qui fleurissait trop tôt

Lorsque les autres arbres attendent encore le retour des beaux jours, l’amandier ose déjà couvrir ses branches de fleurs.
Illustration de couverture sur l’amandier et les amandes pralinées

Le professeur Auguste Lenoir avait appris une règle que les arbres lui avaient répétée toute sa vie.

Les plus grandes découvertes commencent presque toujours par une chose que tout le monde juge sans importance.

Une feuille qui tombe trop tôt.

Une fleur qui s'ouvre trop tard.

Une pierre déplacée.

Ou un oiseau qui décide de changer de direction.

Les hommes pressés ne remarquent rien de tout cela.

Les arbres, eux, attendent.

Depuis quarante ans, Auguste remplissait des carnets de ces petits détails. Ils occupaient désormais une bibliothèque entière. Les premiers étaient reliés de cuir brun. Les plus récents avaient des couvertures de toile verte, tachées de pluie, de terre et parfois de café.

Il n'avait jamais trouvé l'arbre extraordinaire dont rêvent tant de botanistes.

Pas d'arbre d'or.

Pas d'arbre immortel.

Pas même un arbre capable de parler.

Et cela lui convenait parfaitement.

Les arbres racontaient déjà suffisamment de choses à ceux qui savaient les écouter.

Ce matin-là, pourtant, quelque chose allait troubler cette certitude.

Le facteur s'arrêta devant sa maison en soufflant comme s'il venait de gravir une montagne.

— Encore un colis, professeur.

— Je n'attends pourtant rien.

— Celui-ci n'a pas d'expéditeur.

Voilà qui était déjà plus intéressant.

Le paquet était léger. Il semblait très ancien. Une ficelle grossière retenait un papier jauni sur lequel son nom était écrit d'une encre presque effacée.

À l'intérieur se trouvait un carnet minuscule.

Pas plus grand qu'une main.

Les pages sentaient l'amande, le bois sec et une très légère odeur de fumée.

La première feuille ne contenait qu'une phrase.

« Ne cherche jamais l'amandier aux amandes pralines avant la première floraison. Si tu arrives trop tôt, tu ne le verras pas. Si tu arrives trop tard, il aura disparu. »

Auguste relut la phrase trois fois.

Puis une quatrième.

Il sourit.

— Des amandes pralines… Voilà qui devient original.

Il allait refermer le carnet lorsqu'un petit morceau de papier plié glissa entre les pages.

C'était une carte.

Très ancienne.

On y distinguait quelques montagnes, une rivière et trois noms écrits à la plume.

Valderrobres.

Beceite.

Puis, tout près de la mer...

Delta de l'Èbre.

Au centre, quelqu'un avait dessiné un amandier.

Pas un bel arbre parfaitement symétrique.

Un vieil arbre.

Tordu.

Creux.

Avec une simple croix rouge à son pied.

Aucune légende.

Aucune date.

Seulement, dans un angle de la carte, ces quelques mots :

« Les oiseaux savent avant les hommes. »

Auguste posa délicatement le carnet sur sa table.

Il connaissait ces paysages.

Des oliveraies.

Des amandiers.

Des terrasses de pierres sèches.

Des chemins où l'on pouvait marcher des heures sans rencontrer personne.

Et pourtant...

Jamais il n'avait entendu parler d'un tel arbre.

Une heure plus tard, sa vieille voiture prenait déjà la direction du sud.

Le moteur protestait à chaque montée.

Auguste, lui, sifflotait.

Il adorait les énigmes.

Surtout celles qui semblaient absurdes.

Car les plus absurdes étaient souvent les seules qui méritaient réellement d'être résolues.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, perché sur un vieux mur de pierres chauffé par le soleil, un geai observait la route.

Dans son bec brillait une amande.

Il attendit que la voiture disparaisse derrière un virage.

Puis il s'envola vers les collines, comme s'il connaissait déjà la destination du botaniste.

Le premier à sourire n'était peut-être pas Auguste.

C'était peut-être l'amandier.