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Il y a quelques jours, nous avons découvert l’initiative d’un petit village de Seine-Maritime qui souhaite restaurer ses espaces naturels, ses mares et ses plantations avec une idée toute simple : recréer les conditions favorables à la biodiversité… puis laisser la nature faire une partie du travail.

Cette phrase nous a arrêtés.

Parce qu’aux Eaux de Velours, à La Roche-Posay, nous sommes précisément en train d’apprendre cela. Et nous avons commencé par l’apprendre à nos dépens.

Nous avons d’abord voulu bien faire

Nous avons commencé à imaginer et à planter cette forêt comestible vers 2016, progressivement, en fonction de nos moyens et du temps que nous pouvions consacrer au terrain.

Il n’y a donc jamais eu un grand chantier réalisé d’un seul coup, mais une succession d’essais, de plantations, d’observations et d’ajustements au fil des années.

Anciennes plantations aux Eaux de Velours à La Roche-Posay
Une photo d’archive des Eaux de Velours, prise pendant les années où nous développions progressivement les plantations. Certaines de ces plantations sont peut-être encore présentes aujourd’hui.
Nous avons passé des heures à planter.
Puis à arroser.
Puis à espérer.

Sur le papier, tout semblait cohérent. Pourtant, peu à peu, le terrain nous a rappelé une chose essentielle : un lieu vivant ne se laisse pas toujours conduire comme un projet dessiné à l’avance.

Malgré les conseils de spécialistes, malgré notre attention et notre bonne volonté, certains arbres n’ont tout simplement pas trouvé leur place. De nombreux kakis, entre autres, ont fini par rendre l’âme. D’autres plantations ont résisté quelque temps avant de disparaître.

Il a fallu regarder les choses telles qu’elles étaient, et non telles que nous aurions voulu qu’elles soient. Et accepter notre erreur.

Nous avions sans doute trop essayé de demander au terrain de correspondre à notre projet.

Puis nous avons laissé le terrain reprendre sa place

Les périodes caniculaires se sont succédé. Beaucoup de plantes ont souffert, certaines ont disparu, et un changement personnel est venu modifier nos priorités et notre disponibilité.

À un moment, il a fallu cesser de lutter contre ce qui devenait évident : nous ne pouvions plus entretenir ce projet comme nous l’avions imaginé.

Alors nous avons laissé tomber.

Depuis, le terrain est en friche. Et ce mot, que l’on emploie parfois comme s’il désignait un échec, mérite peut-être d’être regardé autrement.

Car pendant que nous cessions d’organiser, le vivant, lui, continuait.

Certaines plantes se sont installées sans nous demander notre avis. D’autres ont prospéré là où nous ne les attendions pas. Certaines espèces que nous avions choisies avec soin ont disparu tandis que des plantes spontanées ont trouvé naturellement leur place.

Au lieu de demander :

« Que voulons-nous planter ici ? »

nous essayons désormais de nous demander :

« Qu’est-ce que ce terrain essaie de nous montrer ? »

Observer où l’eau demeure le plus longtemps. Voir quelles plantes reviennent chaque année. Repérer les zones où le sol reste frais, celles que le soleil dessèche davantage, les endroits fréquentés par les insectes, ceux où les oiseaux semblent se poser volontiers.

Comprendre avant d’intervenir.

Ce changement de regard est probablement la plus grande leçon que nous ayons reçue des Eaux de Velours.

Mais qu’est-ce qu’une oasis de biodiversité ?

Le mot « oasis » pourrait faire imaginer un endroit luxuriant, rempli d’arbres, de fleurs et d’animaux. Pourtant, une oasis de biodiversité n’a pas besoin d’être spectaculaire.

C’est avant tout un endroit où différentes formes de vie peuvent trouver de quoi se nourrir, se reproduire, circuler, s’abriter et traverser les saisons.

Une prairie que l’on ne fauche pas entièrement en même temps peut y contribuer. Une haie diversifiée également. Une mare, un arbre vieillissant, quelques branches mortes laissées au sol, un tas de pierres, des herbes hautes, une zone humide ou simplement un endroit où l’on décide de ne pas intervenir peuvent devenir autant de petits habitats.

Créer une oasis de biodiversité ne signifie donc pas remplir un terrain de plantes différentes afin de pouvoir ensuite les compter. Cela consiste plutôt à offrir — ou à préserver — des conditions suffisamment variées pour que le vivant puisse s’installer.

Et parfois, le premier geste utile consiste simplement à ne pas retirer ce qui est déjà là.

Laisser faire ne veut pas dire ne plus rien faire

Nous n’avons pourtant aucune envie de transformer les Eaux de Velours en terrain totalement abandonné.

Nous aimerions au contraire trouver un équilibre : accompagner ce qui fonctionne spontanément et intervenir avec davantage de discernement lorsque cela peut enrichir le milieu.

Préserver l’eau. Maintenir différentes hauteurs de végétation. Conserver quelques zones ouvertes et d’autres plus secrètes. Favoriser les arbustes, les haies, les arbres et les plantes de prairie. Laisser du bois mort lorsqu’il ne présente aucun danger.

Et planter encore, parfois.

Mais autrement.

Des fleurs de la fin de l’hiver jusqu’à l’automne

L’un des objectifs que nous aimerions poursuivre est particulièrement simple : faire en sorte que les insectes pollinisateurs puissent trouver des fleurs pendant la plus longue période possible.

Les premières reines de certaines espèces de bourdons peuvent apparaître dès la fin de l’hiver. Puis viennent le printemps et l’été avant que les ressources florales ne diminuent progressivement à l’automne.

Nous aimerions donc observer ce qui fleurit déjà aux Eaux de Velours et surtout repérer les moments où les ressources deviennent plus rares. Puis, si nécessaire, compléter.

Pas en plantant beaucoup. En plantant au bon endroit et au bon moment.

Nous pourrions imaginer une sorte de relais floral : les premières fleurs de l’année passeraient le témoin aux suivantes, puis celles-ci à d’autres encore, jusqu’aux dernières floraisons de septembre et d’octobre.

Le vivant ne connaît pas nos calendriers de jardinage. Pour un bourdon affamé au sortir de l’hiver ou un insecte cherchant encore du nectar à l’automne, quelques fleurs au bon moment peuvent avoir beaucoup plus de valeur qu’une spectaculaire floraison concentrée pendant trois semaines au mois de mai.

Et si certaines fleurs devenaient ensuite des fruits ?

C’est là que nous aimerions ajouter quelque chose de très important à notre projet : une dimension humaine.

Nous aimerions réellement que des framboisiers et des groseilliers trouvent leur place aux Eaux de Velours.

Pas pour revenir à l’idée d’une forêt comestible parfaitement organisée, mais parce que ces petits fruits racontent exactement ce que nous aimerions construire.

Au printemps, les fleurs nourrissent les insectes. Puis viennent les fruits. Certains seront peut-être pris par les oiseaux avant nous — et ce sera très bien ainsi. D’autres pourront un jour remplir quelques paniers.

Et alors, pourquoi ne pas imaginer une rencontre des Chevaliers aux Eaux de Velours ?

Une petite récolte de framboises, de groseilles ou de mûres. Quelques paniers. Une table. Des bassines. Du sucre. Des pots. Et une gelée préparée ensemble.

Ce serait une manière presque parfaite de relier la biodiversité et les humains.

De la fleur au bourdon, du fruit à la rencontre

Car derrière un simple groseillier se déroule déjà toute une histoire.

Une fleur apparaît. Un insecte vient y chercher du nectar ou du pollen. La pollinisation permet au fruit de se former. Un oiseau peut en manger une partie. Un humain en cueille quelques grappes. Puis plusieurs personnes se retrouvent autour d’une cuisine pour transformer la récolte.

Tout est lié.

La biodiversité n’est pas une collection d’espèces posées les unes à côté des autres. C’est un ensemble de relations.

Entre une plante et un insecte. Entre un fruit et un oiseau. Entre l’eau et le sol. Entre une haie et les animaux qui y trouvent refuge. Et, parfois, entre un lieu et les humains qui prennent le temps de s’y retrouver.

Nous voulons encore planter. Mais autrement.

Notre expérience passée ne nous a donc pas appris à renoncer. Elle nous a appris à écouter.

Nous planterons probablement encore quelques arbres et arbustes. Nous essayerons certainement des framboisiers et des groseilliers. Nous chercherons peut-être d’autres plantes produisant fleurs et fruits et capables de s’adapter réellement au terrain.

Mais nous ne partirons plus d’un plan qu’il faudrait absolument faire réussir.

Nous regarderons d’abord : le sol, l’eau, l’ombre, le vent, les plantes déjà présentes, les insectes et les oiseaux.

Et si le terrain nous dit non, cette fois, nous essaierons de l’entendre.

Apprendre à rendre de la place

Créer une oasis de biodiversité aux Eaux de Velours ne signifie donc pas fabriquer un jardin idéal. Encore moins reconstruire artificiellement une nature que nous aurions préalablement dessinée.

Il s’agit plutôt de chercher un équilibre entre accompagnement et liberté.

Préserver ce qui fonctionne. Restaurer lorsque cela est nécessaire. Ajouter avec parcimonie ce qui peut réellement enrichir le lieu. Puis attendre. Observer. Se tromper parfois encore. Et apprendre.

Peut-être qu’une oasis de biodiversité commence précisément là : non pas lorsque l’être humain parvient enfin à tout organiser, mais lorsqu’il accepte de ne plus être le seul à décider.

Aux Eaux de Velours, nous avons longtemps essayé de planter ce que nous voulions voir pousser. Aujourd’hui, nous avons envie de découvrir ce que le lieu, lui, est capable de devenir.

Des fleurs pour nourrir le vivant,
des fruits pour le prolonger,
et parfois une récolte pour nous rassembler.

Et peut-être qu’au fond, créer une oasis de biodiversité consiste moins à ajouter de la nature… qu’à lui rendre de la place.

Cet article est né notamment de la lecture d’une initiative menée à La Crique, en Seine-Maritime, autour de la restauration de zones naturelles, de mares et de jardins partagés, publiée par Le Réveil de Neufchâtel / actu.fr le 31 août 2026.

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